Le couple et particulièrement la femme a beaucoup inspiré Edvard Munch. Les nombreuses toiles où elle figure la représente comme un être tantôt maléfique, tantôt prédatrice. Son caractère sensuel est matérialisé par sa chevelure, telle une toile que jette la femme pour capturer sa proie masculine.  Le sexe fort n’est toutefois pas exempt de tourments. Munch la montre aussi effondrée, mise à nue et dénudée.

 

 

 

Homme et femme nous immisce dans une intimité pesante. Les couleurs sourdes, les lignes sinueuses, la posture du jeune homme et de la femme, leur distance et les ombres menaçantes concourent à l’impression de malaise et révèlent la difficulté des rapports entre les deux sexes.

 

 Homme et femme, 1913-1915

 

Éduqué selon les principes du puritanisme luthérien, Edvard Munch décrit une sexualité marquée au sceau du péché originel.

 

 

 

 

La femme y incarne une créature maléfique, presque diabolique, aux cheveux longs et ondoyants tels des tentacules (Vampire, Tête d’homme dans les cheveux d’une femme, Amants dans les vagues, Jalousie, Cendres…) qui enserrent une proie masculine.

 

 

 

 Le Vampire, 1893

L'amour, cause de jalousie et de séparation, apparaît comme une source de souffrances. Les expériences sentimentales malheureuses de l’artiste ont sans doute contribué à nourrir son ressentiment. L’homme est d’ailleurs souvent représenté en victime, dans une attitude abattue (Homme et femme, Mélancolie, Cendres…).

 

Munch s’inspira du désespoir amoureux de son ami Jappe Nilssen en l’incarnant dans ce motif qu’il repris plusieurs fois en peinture et par l’estampe. Le paysage dans lequel le personnage prend place n’est absolument pas réaliste comme le montrent les formes étranges au premier plan à gauche du personnage, formes qui symbolisent plus qu’elles ne représentent des rochers.

Ce paysage marin, sombre et tortueux est un reflet de l’état d’âme, mélancolique, du personnage. La couleur est audacieuse, arbitraire et disposée en aplats cloisonnés. Les formes sont simplifiées et stylisées, dominées par les grandes lignes courbes.

 



Mélancolie, 1891

Néanmoins, le combat amoureux peut connaître une issue heureuse à l’image du couple fusionnel uni dans un baiser éternel.

 

 

 

 

 

Ce motif traité en peinture dès 1897 illustre le travail de répétition mené par l’artiste. Il gomme progressivement l’anecdote pour atteindre l’universalité. L’estampe profite en outre de la manière dont Munch tire parti de l’expressivité du matériau en jouant des qualités décoratives des veines du bois.

Le couple et le fond du tableau s’enchevêtrent l’un l’autre, noyés dans les mêmes teintes, pour ne faire qu’un élan fusionnel. Tout ce qui entoure le couple semble  aimanté par sa force centripète.

   


Le Baiser, 1897

 

À la fois objet de fascination et de répulsion, la femme est un objet de prédilection pour Munch. La vision intimiste et lumineuse de la Femme se coiffant, peinte à Paris sous l’influence des impressionnistes, contraste avec l’image plus inquiétante de la Madone.

 

Cette femme aux paupières closes, flottant comme en apesanteur, offre sans pudeur sa nudité au spectateur dans un rythme extatique qui envahit toute la composition graphique de lignes ondulantes. Les spermatozoïdes et le foetus cadavérique qui occupent les marges des lithographies laissent peu de doutes sur l’origine de son extase. Ils révèlent une sexualité angoissée dans laquelle l’amour et la mort fusionnent.

Ce tableau représente à la fois la mère tendre, la sainte asexuée et la femme fatale. L’homme a bien souvent du mal à concilier ces rôles dans une seule et même femme. Pourtant la féminité s’exprime bien au-delà de ces cadres : la maternité n’empêche pas la sexualité et la sainte peut être mère et vivre une sexualité épanouie. La femme tient en réalité tous les rôles. Bien qu’elle semble représenter un certain trouble vis-à-vis de la femme, cette peinture de Munch peut aussi être interprétée comme un hommage aux femmes, aux femmes multiples et rayonnantes de possibilités.

 

 

 La Madone, 1894

 

Parmi les motifs repris par Munch, celui de Femme en pleurs fait figure d’exception. Les différentes versions qu’il en obtient sont produites sur une courte période, en 1907, et constituent une série. Munch travaille sur ce motif au moment où il peint La Chambre verte, soit à peine un an avant la dépression qui le conduira à l’hôpital.

Dans ses écrits comme dans ses peintures, Munch fait souvent référence à l’image du couple de l’homme et de la femme qui, à l’instar des personnages du mythe primordial de la genèse, forme un seul et même être, une seule et même chair. La récurrence du thème de la jalousie dresse, cependant, le constat amer de l’impossible entente entre les sexes et de la solitude existentielle qui scelle leur désunion. Dans la mythologie de l’artiste, la question du désir de la femme occupe une place centrale, thème notamment développé dans son conte illustré, Alpha et Oméga de1908, et dans nombre de ses toiles.

Ainsi, que ce soit dans sa Madone, dans Puberté, dans Vampire, ou comme ici dans Femme en pleursla violence du désir féminin transparaît souvent à travers l’emploi de la couleur rouge. La couleur rouge, courant à travers les toiles de ses différentes frises comme un ruban énigmatique dans la tresse d’une jeune fille, détermine tantôt la couleur d’une robe, d’un fond, d’un visage, d’une couronne ou d’une chevelure. Les cheveux rouges du Vampire féminin, penché sur son amant, l’embrassent et le recouvrent à la manière de racines, au point d’en absorber la silhouette.

Le rouge cramoisi qui recouvre le visage de la jeune fille dans les dernières versions de Puberté est similaire à celui qui monte au visage de la Femme en pleurs. Les traits de la Femme en pleurs disparaissent pour ne laisser place qu’au bouillonnement intérieur qui empourpre son visage et embrase son chignon défait.  Sous l’apparente immobilité de la pose, « tout est feu, le feu est mouvement ». Le feu commence à enflammer le haut du corps et peu à peu prend possession du corps tout entier.

 

Cette image archétypale du désir souterrain et des tourments qu’il procure, est, dans la plupart des versions, confrontée à la présence d’un lit vide à l’arrière-plan. N’ayant pas d’objet apparent, la souffrance s’exprime, ici, sous la forme d’une solitude existentielle.

Femme en pleurs, 1907-1909

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Anne, psychologue spécialiste en relations de couple

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